BEN'IMANA
Synopsis
Ce film a été présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026, ou il a remporté la Caméra d'Or / Prix FIPRESCI. Il été également en compétition au Festival du Film Francophone d'Angoulême 2026.
Rwanda, 2012. Après le génocide des Tutsis, des tribunaux populaires sont mis en place pour apporter justice et réconciliation. Vénéranda, survivante, est convaincue de la nécessité de ces procès. Malgré les pressions, elle organise des séances de discussion entre victimes et familles de bourreaux. Mais lorsqu’elle apprend la grossesse inattendue de sa fille, elle doit faire face à ses propres contradictions et aux parts sombres de son passé.
- Dans ce premier long métrage puissant, qui sortira en février prochain, la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo se met au diapason d’une parole qui tâtonne et d’un cœur collectif à panser pour s’émanciper du traumatisme transgénérationnel. C’est ce qui s’exprime de façon expiatoire comme ce qui se tait par pudeur que Marie-Clémentine Dusabejambo – âgée de 7 ans au moment du génocide – figure dans ce film jalonné de propositions formelles synchrones avec les mouvements aléatoires de la parole. Dans une alternance sensible des valeurs de plans, un traitement savant de ce qui se joue hors champ, tout autant que dans un regard saisissant sur la nature environnante (que transcende la sublime photographie de Mostafa El Kashef), elle donne une forme bouleversante à l’indicible. La cinéaste autodidacte accompagne avec une grâce totale l’odyssée individuelle et collective d’un chœur de femmes qui trouvent patiemment leur rythmique propre. Un grand geste de réparation, saisi par un irrésistible élan de vie. Trois Couleurs.
- "Dis ce que tu as vu et entendu." C’est autour de ce principe narratif que la réalisatrice a écrit un scénario particulièrement bien conçu dans son alternance entre des scènes du tribunal populaire, les réunions de femmes dans l’espoir de libérer la parole, et les enjeux de la sphère familiale du trio Veneranda–Suzanne–Tina (plus Arivere Kagoyire en grand-mère mutique). Une approche à 360° qui permet à la cinéaste d’éclairer en profondeur tous les angles d’une tragédie dont les blessures perdurent sous différentes formes, et de signer, bien aidée par l’authenticité de ses interprètes, un film remarquable. Cineuropa.
- Autour de ce thème de la réconciliation, le scénario tisse un canevas de situations qui font froid dans le dos, sans pourtant jamais montrer les exactions de l’époque, le film étant exempt de flash-back. Montrant la manière dont le silence constitue finalement le pire poison, c’est le verbe qui est mis en avant, comme vecteur de mémoire des pires atrocités, permettant de revenir sur les massacres, d’interroger sur les lieux où sont ensevelis les corps, de mettre en évidence les sévices ou mutilations subies par les femmes, de montrer le déni des mères ou familles de tueurs… Les face à face sont ici souvent durs, les monologues poignants, au sein d’un village où seules les femmes semblent avoir survécu, en dehors des quelques bourreaux aux mensonges devenant évidences. Laissant ponctuellement la tradition incarner ce qu’il reste de douceurs (un chant triste sur les disparus, une danse qui réunit…), "Ben’Imana" marque durablement, entre portrait d’une mère qui veut passer à autre chose, d’une sœur qui réclame justice et refuse de se taire, et d’une fille qui ne sait pas tout, mais ne pourra ignorer la réalité du passé. Une caméra d’or 2026 de haute tenue. Abus de Ciné.
Réalisation
De Marie Clémentine Dusabejambo.
Distribution
Avec Clémentine U. Nyirinkindi, Isabelle Kabano, Kesia Kelly Nishimwe, Arivere Kagoyire..
Année : 2026
Durée : 1h 41min | Drame | En Vostf
Nationalité : Rwanda, Gabon, France, Norvège.
Titre original :
